
Ce texte est paru dans le 20 minutes le 17 décembre 2025.
Syndicats et universitaires dénoncent le projet de loi qui diminue de 25% le tarif horaire légal des étudiants lors des vacances scolaires. Le peuple votera le 8 mars.
Crachée par des haut-parleurs posés sur le sol, la fausse annonce de supermarché résonne dans tout le hall d'Uni Mail: «Moins 25% sur les salaires d'étudiants! Profitez de l'offre pour une main-d'œuvre sous-payée!» Mercredi, les syndicats – notamment estudiantins – et la gauche ont fustigé la dérogation au salaire minimum légal votée fin octobre par le Grand Conseil; elle concerne les emplois d'étudiants durant les vacances scolaires et académiques. Référendum automatique oblige, les Genevois se prononceront le 8 mars.
Jeunes davantage précarisés ?
«Réduire d'un quart la rémunération des étudiants pour ces jobs est injuste et méprisant», a dénoncé Margot Wohnlich, des Jeunes Verts. La droite invoque des emplois non qualifiés? «Le salaire minimum a justement été prévu pour ces cas-là!». Il s'agit donc d'une «attaque frontale» contre la mesure adoptée par le peuple en 2020, selon la jeune femme.
«La précarité estudiantine va s'aggraver» si la dérogation passe la rampe, a pour sa part alerté Zora Holzer, de la Conférence universitaire des associations d'étudiants (CUAE). «Selon une récente étude de l'Observatoire de la vie étudiante, près d'un étudiant sur quatre a des difficultés pour boucler le mois. Et une bourse de 16'000 francs par an maximum, c'est insuffisant pour vivre.» Dans un tel contexte, aggravé par un endettement endémique des étudiants, une baisse du revenu minimum pour les jobs d'été conduira aussi à du dumping salarial, d'après Luca Califano (SolidaritéS–Jeunesse Solidaire): «Les employeurs auront carte blanche pour évincer du personnel et engager à la place des étudiants moins chers.»
Enfin, le président de la Communauté genevoise d'action syndicale, Davide De Filippo, a réfuté l'argument de la droite qui évoque une baisse du nombre de jobs d'été au sein des entreprises depuis l'entrée en vigueur du salaire minimum. «Aucune statistique valable ne corrobore cette affirmation. Elle ne repose que sur un sondage de la Fédération des entreprises romandes auprès d'une partie de ses membres.»
Étudiants entre peur et colère
La perspective de perdre plus de 1000 fr. par mois pour un job d'été à plein temps (le salaire minimum est aujourd'hui fixé à 4390 francs) climatise la plupart des étudiants. «Ces revenus sont essentiels, ils constituent des réserves pour les mois suivants, remarque une étudiante en relations internationales. Les diminuer représente une menace pour nous.» En dernière année de communication digitale, Anastasyia note aussi que «tout travail mérite salaire; si on a décidé d'un tarif minimum, pourquoi en exclure les étudiants? C'est injuste!» Thibaud adhère – «je ne comprends pas pourquoi nous serions des exceptions, on a aussi des charges à payer» – mais il nuance: «Je peux aussi entendre les difficultés d'une petite entreprise à rétribuer les jobs de vacances à de tels tarifs; au final, j'ai de la peine à me positionner.»